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MOUANS-SARTOUX

À Mouans-Sartoux, une ferme municipale pour nourrir les enfants en 100% bio

Mouans-Sartoux a réussi le pari d’une cantine 100 % bio grâce à sa ferme municipale et à la réduction du gaspillage. Son modèle alliant production locale, éducation et santé publique inspire désormais d’autres collectivités.

  • Trois agriculteurs sont employés par la commune pour fournir de quoi régaler petits et grands à la cantine avec une cuisine 100% bio.
  • Avec sa cantine bio, son potager municipal et sa lutte contre le gaspillage, la ville est devenue un modèle de restauration collective.
  • Un projet alimentaire qui s’inscrit dans une reconquête agricole plus globale débutée en 2010.

Nichée dans les Alpes-Maritimes, la commune de Mouans-Sartoux (10 000 habitants) s’est imposée comme un modèle d’alimentation durable depuis 2010. Son initiative phare ? Une régie agricole municipale employant trois agriculteurs, qui permet aux écoliers de déguster des repas 100 % bio à la cantine… sans coût supplémentaire pour la collectivité.

Un constat alarmant à l’origine du projet

Tout commence par un chiffre frappant : « L’autonomie alimentaire des Alpes-Maritimes est d’une demi-journée par an en cas de pénurie, soit moins de 1 % contre 70 % il y a 50 ans ! », s’indigne d’emblée Gilles Pérole, adjoint à l’enfance, l’éducation et l’alimentation. Avec l’urbanisation galopante, la spéculation foncière et le tourisme, l’agriculture paysanne locale a quasiment disparu. Face à ce défi, les élus de Mouans-Sartoux, bénéficiant d’une stabilité politique depuis 50 ans, ont décidé de s’engager pleinement dans la souveraineté alimentaire de leur territoire.

Associer autonomie alimentaire et santé publique

Dès le début, la municipalité fait le lien entre alimentation et santé publique. « Nous avons un vrai pouvoir sur ce qui finit dans l’assiette des habitants, et surtout dans celle des enfants », explique Gilles Pérole.

La première étape : étendre les surfaces agricoles protégées de 40 à 112 hectares pour favoriser l’installation de nouveaux projets agricoles. Mais un obstacle de taille apparaît rapidement : aucun producteur local ne peut fournir les volumes de légumes nécessaires au passage en 100 % bio des cantines scolaires.

La solution ? Produire en régie. La ville embauche trois agriculteurs municipaux chargés de cultiver 6 hectares de terres dédiées aux cantines scolaires. Résultat : en 2012, Mouans-Sartoux atteint l’objectif ambitieux d’une restauration collective 100 % bio.

Une cantine 100% bio depuis 2012

Grâce à ces agriculteurs municipaux, 96 % des légumes consommés dans les six groupes scolaires et crèches de la ville proviennent de la régie agricole. Cela représente environ 1 300 repas quotidiens. Pour garantir une autonomie annuelle, une unité de transformation a même été mise en place afin de congeler les surplus.

Mais la réussite du projet ne repose pas uniquement sur la production locale. Un volet pédagogique accompagne cette transition : ateliers potagers, cuisine participative et découverte des légumes de saison. Résultat ? Les enfants mangent des épinards et des blettes avec plaisir. Seuls 7 % d’entre eux trouvent qu’il y a « trop de légumes » à la cantine !

agriculture Mouans-Sartoux sartoux

Manger 100% bio sans dépenser plus

Un autre secret de la réussite réside dans la lutte contre le gaspillage alimentaire et la réduction du plastique. En diminuant le gaspillage de 80 %, la commune a dégagé le budget nécessaire pour financer ses légumes bios et locaux. « Notre ferme municipale nous coûte 40 % plus cher que l’achat de légumes à un grossiste, mais nous compensons en économisant 20 % sur le gaspillage et 25 % grâce à l’introduction de menus végétariens la moitié de la semaine », détaille Gilles Pérole. La conclusion ? « Manger 100 % bio à Mouans-Sartoux ne revient pas plus cher que manger mal ailleurs ! »

Un impact prouvé sur la santé des enfants

En 2023, une étude menée par un comité d’experts (biostatisticiens, chercheurs en nutrition, sociologues, médecins spécialisés en obésité infantile et perturbateurs endocriniens) a mesuré l’impact de l’alimentation bio sur les écoliers. Les résultats sont sans appel : les enfants de Mouans-Sartoux affichent un taux de surpoids et d’obésité inférieur de 45 % à la moyenne nationale. Mieux encore, 71 % des familles ont modifié leurs habitudes alimentaires en faveur du bio.

Un projet qui dépasse la cantine : vers un modèle systémique

Fort de ce succès, Mouans-Sartoux a lancé en 2017 un projet alimentaire territorial structuré autour de cinq axes : favoriser l’installation d’agriculteurs sur la commune, en réponse aux problématiques foncières d’une région fortement marquée par le tourisme ; encourager l’alimentation durable comme moteur d’échanges économiques ; développer un volet éducatif autour de l’alimentation durable, en s’adressant à toutes les tranches d’âges et catégories sociales – une initiative qui a notamment conduit à la création de la Maison d’éducation à l’alimentation durable – ; et contribuer à la recherche dans le domaine de l’alimentation. À ce titre, le diplôme universitaire « chef de projet en alimentation durable – option collectivité territoriale », proposé par l’Université Nice Côte-d’Azur, s’appuie largement sur cette expérience communale.

Grâce à ses initiatives, Mouans-Sartoux est devenue une référence en matière de souveraineté alimentaire. Son modèle inspire aujourd’hui des centaines de collectivités, prouvant qu’une alimentation saine et locale est possible… et accessible à tous !

Par Théo

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En France, plus de cent collectivités se sont inspirées du modèle développé à Mouans-Sartoux. La commune des Alpes-Maritimes inspire plus largement de nombreuses villes européennes.

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